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  • Esther Gasque

Laurent Jolie : "La mesure de l'impact des outils éducatifs doit être plus objective.".

Mis à jour : févr. 22



Pour Laurent Jolie, fondateur de Lalilo : “Le principal sujet des prochaines années pour les entreprises de l’éducation, est de travailler sur des mesures plus objectives de l’impact des outils éducatifs”.


Vous êtes le fondateur de Lalilo, un outil en ligne permettant une individualisation de l’enseignement de la lecture. Pouvez-vous nous expliquer comment fonctionne concrètement Lalilo, dans quel contexte l’utilise-t-on ?


Chez Lalilo, nous nous définissons comme un assistant pédagogique. Nous sommes là pour aider le professeur à différencier son enseignement de la lecture. Concrètement, Lalilo se compose de deux interfaces : une interface pour l’élève et une interface pour l’enseignant. Au niveau de l’interface élève, on trouve des activités d’apprentissage de la lecture adaptées au niveau de chacun, de ses difficultés et qui vont être calculées de telle sorte à leur assurer une véritable progression. Cette interface concerne des élèves de CP, CE1, CE2 voire de grande section. L’interface enseignant va quant à elle permettre à ce dernier de collecter de l’information, voir où en sont ses élèves par rapport aux différentes compétences attendues et, si nécessaire, prendre le contrôle de l’outil pour adapter les activités. Il convient toutefois de noter que le but de Lalilo est de faire gagner du temps à l’enseignant en permettant une adaptation automatique des activités au niveau de chaque élève !


Par ailleurs, on dénombre trois cas d’usage principaux de Lalilo. Le premier cas d’usage concerne une activité lecture en classe entière où chaque élève dispose d’un ordinateur ou d’une tablette électronique lui permettant d’utiliser l’application individuellement. Dans un deuxième cas d’usage, Lalilo est utilisé dans le cadre d'îlots d’activités, durant lesquels cinq ou six élèves munis chacun d’une tablette vont travailler sur Lalilo pendant un temps déterminé avant de passer à une autre activité. Enfin, le dernier cas d’usage de Lalilo est un cas d'usage de remédiation. Ce dernier concerne principalement des élèves ayant besoin de progresser à leur rythme avant de réintégrer le groupe classe.


Selon vous, en quoi Lalilo permet un meilleur apprentissage de la lecture. Qu’est ce qui différencie Lalilo de ses concurrents ?


Il y a deux axes sur lesquels on permet un meilleur apprentissage de la lecture.


Le premier, c’est la différenciation. En tant qu’enseignant, cela prend beaucoup de temps de devoir s’adapter à chacun des élèves de sa classe. Or, un élève qui va se retrouver en retard par rapport aux autres peut connaître par la suite un effet boule de neige qui s’appelle l’effet Matthieu. L’élève se retrouve de plus en plus en retard jusqu’au jour où il ne comprend plus rien - cela intervient plutôt au collège - et c’est ce qu’on appelle le décrochage scolaire. Pour cet élève, l’école n’a pas été capable de l’inscrire dans un cadre de réussite. Le décrochage a lieu au collège mais ce n’est pas pour autant que ses causes ne se retrouvent pas au primaire. On considère justement que c’est sur les premières classes qu’on peut agir avec beaucoup d’impact en s’adaptant au niveau de chaque élève.


On considère justement que c’est sur les premières classes qu’on peut agir avec beaucoup d’impact en s’adaptant au niveau de chaque élève.

L’autre aspect sur lequel on se positionne c’est l’augmentation du temps de lecture à voix haute dans la salle de classe. Pour apprendre à lire, c’est extrêmement important d’avoir le feedback d’un adulte qui nous dit là où on s’est trompé, comment on met le ton etc. Aussi, avec Lalilo, on travaille sur un système de reconnaissance vocale qui va pouvoir donner ce feedback à un élève en temps réel, chose qu’un enseignant n’a pas le temps de développer lorsqu’il mène une activité lecture à voix haute en classe.


Ensuite, concernant ce qui nous différencie de nos concurrents, il faut savoir qu’en France nous n’avons pas de concurrents directs très marqués, à l’inverse des Etats-Unis. En effet, outre-Atlantique, il existe davantage d’outils numériques pour l’apprentissage de la lecture. Ce qui va donc nous différencier, c’est surtout l’aspect technologique. L’autre aspect qui permet de nous démarquer chez Lalilo est la stratégie d’acquisition que l’on met en place. On va avoir une stratégie bottom up avec un modèle économique Saas comme nos concurrents : on vend des licences d’usage de Lalilo mais à la différence de ces derniers, celles-ci sont freemium. Ainsi, une bonne partie de ce qu’on propose est gratuite sans limitation dans le temps, et ce sont les fonctionnalités supplémentaires permettant à l’enseignant d’avoir plus d’informations, de contrôle qui vont être payantes. Ainsi, nous essayons avant tout d’avoir l’adhésion des enseignants, pour ensuite remonter au niveau des écoles puis des districts. Cela nous oblige donc à nous concentrer sur la qualité du produit pour les utilisateurs finaux - les enseignants et les élèves - plutôt que sur des propositions de valeur centrées sur les administrations - à l’instar de nos concurrents -.


La crise sanitaire a provoqué une nette hausse de l’utilisation d’outils pédagogiques en ligne. Comment le confinement a-t-il affecté votre activité ?


Avant toute chose, il faut savoir que la moitié de nos utilisateurs se trouve aux Etats-Unis, 25% sont en France, 15% au Canada et 10% dans le reste du monde. Sur la situation globale de mars 2020, nous avons multiplié par deux l’usage de Lalilo sur un mois, alors que nous nous attendions plutôt à une croissance de 15%. C’est assez considérable. En France, on a multiplié en deux semaines notre base d’utilisateurs par onze. On est passés de 4 000 enseignants utilisateurs mensuels actifs à 45 000 en deux semaines, sachant qu’il y a 135 000 enseignants CP/CE1/CE2 en France. On est donc passés de 3% à 35% des enseignants qui utilisent Lalilo en France !


J’ai pu voir que Lalilo était également présente à l’international. Quelles sont vos perspectives de développement en France et à l’étranger ?


En France, nos perspectives de croissance sur notre produit actuel sont assez limitées dans la mesure où on arrive à des effets de saturation de marché. Ainsi, nous souhaiterions à l’avenir nous orienter vers des classes plus âgées - CM1, CM2, 6ème - car ce sont également des classes très intéressantes en ce qui concerne l’apprentissage de la lecture et notamment sur la compréhension des mots déchiffrés par les élèves. On passe de ce qu’on appelle “l’apprendre à lire” au “lire pour apprendre".


A l'international, on s'imagine qu’on va aussi d’ici quelques années connaître des phénomènes de saturation, notamment aux Etats-Unis. Tout comme en France, on souhaite lancer de nouveaux produits, touchant potentiellement des classes d’âge plus élevées, mais ce qui va nous intéresser particulièrement, ce serait plutôt de développer de nouvelles langues : l’espagnol notamment.


Enfin, plus largement, le principal sujet des prochaines années pour nous, mais aussi de manière plus globale pour de nombreuses entreprises de l’éducation, serait de travailler sur des mesures plus objectives de l’impact des outils éducatifs. C’est un sujet sur lequel la France a pris du retard, alors même qu’il se développe partout dans le monde. Aujourd'hui, on ne peut pas se permettre en tant qu’entité publique d’investir de l’argent dans des outils sans en mesurer les impacts. Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas donner une marge de manœuvre à l’innovation. Seulement, il convient à un moment donné d’être capable d’être beaucoup plus concrets sur les apports des outils développés.



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