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  • Photo du rédacteurNicolas Citti

Paris 2024 : des "Jeux pour l'emploi" ?

L'Édito - semaine du 07 août 2023


À un an jour pour jour de la clôture des Jeux de Paris 2024, de nombreux dossiers continuent de faire trembler le COJO, comité d’organisation des Jeux Olympiques. Parmi eux, le bilan du programme “Jeux pour l’emploi”, mis en place par Paris 2024 afin de répondre aux besoins de recrutement sollicités par l’organisation de la compétition. C’est un fait, au palmarès des enjeux les plus alarmants à l’approche des JO, la médaille d’or reviendrait très certainement aux questions d’embauche et de formation.


Conscient des efforts nécessaires à l’accueil des près de 15 millions de visiteurs attendus, l’État a engagé dès 2019 un chantier Emploi auprès des opérateurs de compétences, des filières économiques concernées, et des services publics de l’emploi. La première étape de cette stratégie ? Évaluer les besoins en emploi et compétences nécessaires à la bonne tenue des Jeux. La cartographie réalisée par le cabinet Amnyos et le Centre de droit et d’économie du sport identifiait alors près de 150 000 “opportunités” - appelons-les dès maintenant “besoins" - réparties sur les secteurs de la construction, du tourisme (restauration, hôtellerie), mais principalement de l’organisation (événementiel, sécurité privée). Fort de ce constat, la plateforme Emploi 2024 était mise en ligne dans la foulée. Portée par Pôle Emploi et les partenaires de la compétition (Airbnb, Allianz, Carrefour…), elle recense les diverses offres d’emplois à pourvoir et redirige vers les parcours de formation nécessaires.


Il s’agit surtout de mettre en place un nouveau modèle de Jeux, “économiquement et socialement responsable” en insérant sur le long terme les publics éloignés de l’emploi.

Mais l’ambition du COJO ne s'arrête pas là. Il s’agit surtout de mettre en place un nouveau modèle de Jeux, “économiquement et socialement responsable” en insérant sur le long terme les publics éloignés de l’emploi. Cette ambition est détaillée dans la stratégie “Jeux pour l’emploi”, qui affirme que les JO “doivent contribuer à sécuriser les parcours, et constituer une étape professionnelle marquante et utile pour tous ceux qu’ils mobilisent”. Face à ce double objectif d’insertion et de pérennisation de l’emploi, le pari est-il tenu ?


Lors de l’ouverture des démarches de recrutement au printemps 2023, les entreprises se sont trouvées confrontées à un premier obstacle : les emplois à combler concernent dans leur majorité des secteurs déjà en tension en France. À cette occasion, Nadine Crinier, directrice régionale de Pôle Emploi Ile-de-France, faisait l’état des lieux des domaines concernés par le manque de personnel qualifié : la construction, le nettoyage, les transports, ou encore la restauration. Dans ces secteurs, on recenserait près de 15 000 postes essentiels à l’organisation des JO sans profil correspondant. Mais cela n’est rien par rapport au point noir de ces “Jeux pour l’emploi” : la sécurité privée.


À lui seul, le secteur de la sécurité privée nécessiterait 35 000 agents, soit 15 000 embauches supplémentaires, afin d’assurer le bon déroulement des Jeux de Paris. L’objectif affiché de Pôle Emploi dès 2021 face à ce défi de taille ? Faire entrer autant de profils que nécessaire en formation d’agent de sécurité. Les demandeurs d’emplois longue durée sont alors conviés à des ateliers d’information sur le métier. À l'issue de ces conférences, une formation de 330 heures, dont 175 obligatoires, est recommandée afin d’obtenir le titre d’agent de sécurité et une carte professionnelle valable jusqu’à 5 ans.


Force a été de constater que ces démarches n’ont pas rencontré l’efficacité escomptée. Ainsi, dès décembre 2022, un arrêté ministériel officialisait la création d’un titre provisoire d’agent de sécurité, remis à la suite d’une formation allégée de 106 heures. Visant à inciter davantage de candidats à se former, et à accélérer les démarches de recrutement, ce nouveau statut participe finalement à l’abaissement des exigences du métier, à l’approche d’un événement appelant au contraire une vigilance renforcée. La mesure est vivement dénoncée, et ce au sein même des équipes de Pôle Emploi : “Ce forcing pour recruter en masse dans la sécurité en vue des JO se fait au détriment de la qualité attendue de telles opérations de recrutement”, déclarait par exemple Christophe Moreau, conseiller au sein de l’institution.


Le titre provisoire délivré à l’issue de la formation ne donne le droit d’exercer que sur un nombre de postes limités, et ce pour une durée maximale d’un an.

Au-delà du caractère accéléré de cette formation, la question de l’après est également en jeu. Le titre provisoire délivré à l’issue de la formation ne donne le droit d’exercer que sur un nombre de postes limités, et ce pour une durée maximale d’un an. Des conditions qui semblent s’opposer à l’ambition affichée par Marie Barsacq, directrice Impact et Héritage de Paris 2024 au lancement de la stratégie “Jeux pour l’emploi” : « Il nous faut préparer les salariés à ces métiers, proposer des parcours de formation qui soient durables, y compris pour après les JO » .


D’autant que cette formation allégée peine encore à séduire les demandeurs d’emplois, même isolés ou de longue durée, si l’on en croit la récente prise de disposition de Pôle Emploi. Le 25 juillet dernier, l’institution votait la délibération n° 2023-37, autorisant “le lancement d’un appel d’offres portant sur le recours à des prestataires pour le sourcing de candidats à l’entrée en formation dans le secteur de la sécurité”. En d’autres termes, cette délibération autorise Pôle emploi à mandater des opérateurs privés chargés de trouver des candidats acceptant de suivre les fameuses formations. Reste à savoir si cette solution de dernier recours permettra en effet de combler les besoins d’embauche, et ainsi d’assurer le bon déroulement des Jeux 2024 sur le volet sécuritaire.


Face aux résultats d’un programme “Jeux pour l’emploi” plus que nuancés, prenons le recul nécessaire pour nous poser les bonnes questions : Cette situation est-elle le fait d’un manque d’anticipation, ou ne révèle-t-elle pas la difficulté plus profonde à mobiliser autour des métiers en tension ? Mais alors quelles dispositions faudrait-il prendre afin de renforcer leur attractivité ? L’expérience de la sécurité privée démontre en tout cas que la précarisation et la refonte à la baisse des exigences de ces métiers n’est pas la solution la plus efficace.


Par Camille Bourgeois, consultante chez CHEFCAB

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