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  • Photo du rédacteurNicolas Citti

L'Édito "Compétences" - Semaine du 15 mai 2023


Emmanuel Macron sur tous les fronts pour dépasser la séquence des retraites


A l’occasion du sommet Choose France, organisé en grande pompe cette semaine à Versailles, la France a confirmé sa place de destination favorite des investissements étrangers. Même Elon Musk, le sulfureux patron de Tesla, a fait le déplacement. Censé symboliser l’attractivité retrouvée de l’Hexagone dans la compétition internationale, le sommet a aussi offert l’occasion à Emmanuel Macron de reprendre la main du récit politique, et de retourner dans l’arène pour tenter, une fois encore, de dépasser la séquence des retraites. A travers deux interviews consécutives accordées à des médias économiques - Challenges et l’Opinion - le chef de l’Etat a mis l’emploi au cœur de ses priorités, prônant “l’émancipation par le travail, contre une société d’assignation”.


(..) l’appel du Président à “faire une pause réglementaire” sur les normes environnementales européennes, lors d’un discours devant les acteurs de l’industrie, a déjà soulevé les cris d’orfraie d’une partie de l’opposition et des défenseurs de l’environnement.

Le Président a ainsi fixé 4 grands chantiers, au premier rang desquels la réindustrialisation et le plein-emploi.


Pour ce faire, Emmanuel Macron déclare qu’“il nous faut plus d’emplois, plus de bons emplois et donc plus de réindustrialisation, plus de productivité et donc plus d’innovation et de technologie”. Sur le même sujet, le Président a également mouillé la chemise à Dunkerque, pour officialiser l’implantation de l’usine ProLogium, une gigafactory de batteries électriques, qui devrait permettre de créer 3 000 emplois. Ces annonces font écho au deuxième chantier annoncé par le chef de l’Etat, à savoir celui de la planification écologique. Si les intentions en la matière ne sont pas encore claires, l’appel du Président à “faire une pause réglementaire” sur les normes environnementales européennes, lors d’un discours devant les acteurs de l’industrie, a déjà soulevé les cris d’orfraie d’une partie de l’opposition et des défenseurs de l’environnement.


Le troisième chantier est celui du progrès social, qui englobe l’école et la santé. Sur l’école, le Ministre de l’Education Nationale, Pap Ndiaye, a annoncé il y a quelques jours son plan pour la mixité sociale à l’école. Mu par la volonté de fixer des objectifs de mixité aux établissements privés, le ministre a cependant dû rétropédaler avant même que son plan n’ait été rendu public, à la demande de l’Elysée, et alors que nombre de parlementaires de droite faisaient planer l’idée d’une nouvelle “guerre scolaire” entre école publique et privée. Vidé de sa substance, le plan ne fixe donc aucun objectif contraignant. Dans l’Opinion, le Président a d’ailleurs mis en garde Pap N’Diaye : “Le Ministre a raison de rassembler tout le monde, mais il ne faut pas réveiller de vieux conflits”. Sur la santé, c’est pour l’heure la réintégration des soignants non-vaccinés qui semble davantage retenir l’attention médiatique, au grand dam du gouvernement. Enfin, le quatrième chantier fixé par le chef de l’Etat est celui de l’ordre démocratique et républicain, qui doit notamment passer par la lutte contre la fraude et l’immigration illégale.


En profitant pour faire le service après-vente de la mise en œuvre de France Travail, le Président de la République a indiqué qu’il s’agissait d’un “accompagnement en plus du simple retour à l’emploi”.

Apogée de cette séquence médiatique, c’est à l'occasion du 20H de TF1 que le Président s’est adressé aux Français lundi soir. Au rang des annonces phares, des baisses d’impôt pour les classes moyennes, à hauteur de 2 milliards d’euros d’ici la fin du quinquennat ont été promises par le Président. Emmanuel Macron a indiqué vouloir “continuer à se battre pour le plein-emploi” ; concrètement, cette bataille passera par la création d’emplois, la formation, et l’accompagnement de ceux qui sont éloignés du marché du travail. En profitant pour faire le service après-vente de la mise en œuvre de France Travail, le Président de la République a indiqué qu’il s’agissait d’un “accompagnement en plus du simple retour à l’emploi”. Pour ce qui est des salaires, le Président a renvoyé la responsabilité aux entreprises en insistant sur la nécessité du dialogue social. Emmanuel Macron a également renouvelé publiquement sa confiance en la Première Ministre Elisabeth Borne, en indiquant qu’il était “très fier de l’avoir nommée”.


Cette dernière continue donc à jouer sa partition, et pendant que la grande famille du cinéma grimpait les marches du Palais des festival de Cannes mardi, les partenaires sociaux montaient celles de l’Hôtel de Matignon pour rouvrir le dialogue avec la cheffe du gouvernement. Si cette dernière pensait pouvoir aborder sereinement les échanges, en vue de négocier le Pacte de la vie au travail, l’intersyndicale semble toujours focalisée sur la question des retraites. Le ton a été donné dès mardi par Force Ouvrière, lorsque le secrétaire général Frédéric Souillot a remis à Elisabeth Borne un pin’s contre la réforme des retraites. Laurent Berger, le leader de la CFDT a également fixé ses conditions, en indiquant “si c'est pour faire des mesurettes ou aborder des sujets qui n'impacteraient pas la vie des travailleurs ou l'impacteraient négativement, ce sera non”. Avant même de rencontrer la Première Ministre mercredi, Sophie Binet, Secrétaire générale de la CGT, a elle aussi fait passer un message clair : “la page ne se tournera pas”, ajoutant qu’elle y allait “pour négocier, pas pour discuter”.


(..) une épée de Damoclès plane au-dessus de la tête de l'exécutif, avec une proposition de loi en préparation par le groupe LIOT (Libertés, indépendants, outre-mer et territoires) visant à abroger la réforme, qui sera présentée le 8 juin prochain.

Alors que la période suivant la réélection d’Emmanuel Macron a été qualifiée de “sans jours” par le journaliste politique de l’Opinion Ludovic Vigogne, le Président de la République semble de retour dans l’arène, pour communiquer tous azimuts et surtout tenter de faire oublier la réforme des retraites. Néanmoins, une épée de Damoclès plane au-dessus de la tête de l'exécutif, avec une proposition de loi en préparation par le groupe LIOT (Libertés, indépendants, outre-mer et territoires) visant à abroger la réforme, qui sera présentée le 8 juin prochain. En attendant, la majorité fourbit déjà ses armes et cherche à couper l’herbe sous le pied de Charles de Courson, à la tête de la fronde, en arguant de l’irrecevabilité financière supposée de sa proposition, au titre de l’article 40 de la Constitution.


Il en faudra sûrement plus pour effrayer le vétéran du Palais Bourbon, également reconnu comme un expert… des finances publiques.


Par Léa Trentalaud, consultante senior chez ChefCab

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