top of page
Rechercher
  • Camille Bourgeois

Intelligence artificielle : la fin du travail ?

L'Édito - Semaine du 4 septembre 2023


L’intelligence artificielle (IA) a beaucoup fait parler d’elle ces derniers mois, notamment depuis le lancement de ChatGPT qui a traduit des avancées technologiques majeures et connu un très large engouement auprès du grand public comme des entreprises. Ces dernières ont en effet de plus en plus recours aux solutions d’aide à la décision et de traitement de langage ou d’image. En 2023, elles étaient 30% à utiliser des technologies liées à l’IA, permettant d’automatiser des tâches répétitives et d’améliorer la productivité.


Un problème demeure cependant : cette nouvelle vague enthousiasme autant qu’elle effraie. Une récente enquête de l’OCDE révélait que 30% des travailleurs interrogés se disent préoccupés par le développement de l’IA, quand près de 20% estiment leur emploi menacé par ce développement.


(..) 20 millions d’emplois dans le secteur manufacturier seraient amenés à disparaître d’ici 2030.

Et pour cause, ces dernières années ont été alimentées par des études plus alarmantes les unes que les autres. En 2017, une étude d’Oxford intitulée “Impact de l’IA : pertes d’emplois généralisée” concluait qu’au niveau mondial, 20 millions d’emplois dans le secteur manufacturier seraient amenés à disparaître d’ici 2030. Dès 2016, le Forum économique de Davos estimait que d’ici 2021, les secteurs de l'ingénierie et de l’information subiraient des pertes d’emplois liés à l'automation supérieures de 5 millions au nombre de créations de postes. Ces données inquiètent, et à raison. Mais sont-elles encore d’actualité ?


Dans son article “L’intelligence artificielle, destructrice d’emploi ? Pourquoi autant d’études se sont plantées !”, Florent Vairet, journaliste économique, analyse le décalage entre ces études et la réalité de l’impact de l’IA sur le monde du travail. Selon lui, ces enquêtes réalisées en amont du récent virage pris par l’IA reposaient sur une vision faussée de son développement et de l’utilisation qui en est réellement faite par les entreprises.


Des études récentes, intégrant plus fidèlement la trajectoire prise par l’IA au cours des dernières années, permettent de nuancer les résultats précités. Dans son rapport “IA générative et emploi”, publié le mois dernier, l’International Labor Organization (ILO) soulignait que la plupart des emplois et des industries “sont plus susceptibles d'être complétés que remplacés par la dernière vague d'IA générative”. Un propos d’ailleurs résumé par Michel Levy Provençal à l’occasion d’un débat sur le sujet aux Rencontres du Medef 2023 : "L'IA ne va pas remplacer des emplois, mais l'IA plus un humain va remplacer un humain sans IA !”.


(..) la théorie schumpétérienne de l’innovation nous a justement appris que les gains de productivité induits par le progrès technique stimulent la croissance économique et les salaires, générant de nouveaux modes de consommation (..)

Si l’IA ne devrait pas mener aux suppressions de postes redoutées, de nombreux rapports soulignent au contraire les créations d’emploi qu’elle est susceptible de générer. Une étude McKinsey publiée en août 2023 indique par exemple que les besoins d’embauche dans les domaines de la création, de la loi, du business, ou encore des sciences et des technologies devraient progresser d’ici 2030 afin d’accompagner le développement de l’IA. Sans compter que les effets de ce développement ne devraient pas se limiter à ces seuls secteurs. L’étude BVA pour Pôle emploi citée plus tôt considère que 72% des employeurs constatent une augmentation des performances de leurs équipes ayant recours à l’IA. Or, la théorie schumpétérienne de l’innovation nous a justement appris que les gains de productivité induits par le progrès technique stimulent la croissance économique et les salaires, générant de nouveaux modes de consommation, de nouveaux emplois et entérinant la création de nouvelles industries. De quoi être plus qu’optimiste sur le volume d’emplois induits par le déploiement à venir de l’IA.


D’autant que ce développement ne mènerait pas seulement à des évolutions quantitatives en matière d’emploi : les conditions de travail des employés associés à des technologies d’IA seraient également revues à la hausse. L’étude de l’ILO précédemment citée identifie “un changement potentiel de la qualité des emplois”, notamment en matière “d'intensité du travail” et “d'autonomie”. Cette technologie permet d’automatiser des tâches chronophages et fastidieuses, et, appliquée à certaines activités peu attractives, pourrait devenir un moyen de revaloriser des métiers en tension. En effet, dans un secteur qui peine à recruter comme celui de la santé, l’IA pourrait par exemple contribuer à l’automatisation de tâches répétitives et mécaniques. L’occasion de libérer du temps dans l’agenda d’un personnel de santé débordé tout en lui permettant de se concentrer sur des tâches plus épanouissantes.


Ces évolutions nécessitent évidemment des mesures adaptées des pouvoirs publics, qui devront par exemple mettre l’accent sur la formation professionnelle afin d’accompagner ces transitions

Face à un imaginaire alarmiste quant à l’irruption de l’IA dans le monde du travail, les chiffres récents mettent plutôt en avant des avantages notables, tant quantitatifs que qualitatifs. Le développement de l’IA n’a donc pas vocation à signer la fin du travail, au contraire. Il est clair cependant qu’elle générera l’entrée dans une nouvelle ère qui doit être préparée dès à présent. Si les emplois concernés par le développement de l’IA ne sont pas amenés à disparaître, ils sont a minima contraints de muter profondément. De la même manière, de nouveaux postes devraient voir le jour, voire de nouvelles industries. Ces évolutions nécessitent évidemment des mesures adaptées des pouvoirs publics, qui devront par exemple mettre l’accent sur la formation professionnelle afin d’accompagner ces transitions. En contrepartie, le Gouvernement pourrait voir dans le développement de cette technologie l’opportunité de revaloriser durablement les métiers en tension en diminuant leur pénibilité. Une chose est sûre : face à cette nouvelle révolution technologique, ce chantier de l’emploi 2.0 doit commencer dès maintenant.


Par Camille Bourgeois, consultante chez CHEFCAB


Nota bene : Cet article n’a pas été écrit avec ChatGPT.


Bibliographie :


- Étude de l’Institut BVA pour Pôle emploi (entreprises > 10 salariés), mai 2023.

- Perspective de l’emploi 2023 : Intelligence artificielle et emploi, juillet 2023.

- Generative AI and Jobs: A global analysis of potential effects on job quantity and quality, ILO, août 2023

- The state of AI in 2023: Generative AI’s breakout year, McKinsey, août 2023.

55 vues0 commentaire

Comments


bottom of page