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  • Sara Durier

Adèle Galey : “Changer sa vie pour mieux changer celle des autres”


Pour Adèle Galey, cofondatrice de l’école nouvelle génération Ticket for Change, il est temps de s’interroger sur le sens du travail. Elle appelle ainsi les organisations à repenser leur fonctionnement, et les actifs à s’engager par le travail.


Ticket for Change est à l’origine du succès de l’application Yuka. Vous accompagnez ainsi des start-ups innovantes, mais aussi des grands groupes. Comment parvenez-vous à inciter des personnes à transformer leurs pratiques professionnelles pour défendre des projets plus durables et solidaires ?

Depuis 2014, Ticket for Change accompagne des entrepreneurs, des salariés et des personnes en reconversion professionnelle, qui ont le désir d’être de véritables acteurs du changement. Nous pensons que le travail est un moyen efficace d’avoir un impact positif sur la société, la santé ou l’environnement, parce que des compétences sont mises au service de ces causes.


Pour ce qui est de la nature de notre accompagnement, il n’existe pas de formule magique, car nous avons justement fait le choix de mettre l’humain au cœur de nos programmes de formation. C’est la force de Ticket for Change !


“Nous nous focalisons sur l'individu, ses talents et ses envies afin d’aligner au mieux son projet d’engagement professionnel avec ce qu’il est.”

Nous invitons ainsi les personnes à se poser les bonnes questions, en veillant à ne pas glorifier la voie de l’entreprenariat. La société a aussi besoin d’employés qui se font les chevaux de Troie dans les grandes entreprises pour favoriser leur changement, et de salariés dans les organisations de l’économie sociale et solidaire.


Comme les autres formations, Ticket for Change permet d'acquérir des compétences en développement de projet. Mais nous faisons la différence avec cette attention à l’humain. Par exemple, Yuka, ce n’est pas seulement une idée d’application géniale ! Ce sont deux cofondateurs dont nous avons renforcé le binôme. Ticket for Change accompagne d’abord les personnes et continue de les accompagner, même si leur projet s’arrête ! Cette méthode nous semble plus adéquate, au vu de l’évolution continue des carrières professionnelles.


Comment accompagnez-vous le changement, vers des projets plus durables ou inclusifs, dans les grandes entreprises ?


L’exercice est différent, mais Ticket for Change fonctionne selon les mêmes principes. Les pistes d’engagement par le travail doivent émerger des collaborateurs eux-mêmes. Ce procédé d’accompagnement permet ainsi de renverser le fonctionnement traditionnel top-down des organisations.


Ticket for Change est une association de l’économie sociale et solidaire et, dans ce secteur, de nombreux acteurs pensent qu’il est utopique de vouloir transformer les grands groupes. Nous ne partageons pas cette vision. Une entreprise est une somme d’individus dont aucun des membres ne se lève le matin pour détruire la planète ! Notre accompagnement vise à réveiller des engagements.


Aujourd’hui, comment se compose l’équipe Ticket for Change ?


Nous sommes 26 dans l’équipe, partagée entre l’association, Ticket for Change et la SAS, Corporate for Change, qui appartient à 100% à l’association. Cette dernière réalise les prestations de services à destination des entreprises. Ce sont deux manières d’agir différentes, mais une vision commune.


Ticket for Change défend que le travail est la solution pour résoudre les grands enjeux de société. Avec toutes les évolutions récentes, comment le travail peut-il avoir un impact positif sur la société ?


Nous passons en moyenne 80 000 heures de notre vie à travailler. C’est considérable ! Et si le travail devenait un espace de jeu, d’épanouissement personnel et professionnel ? Ticket for Change pose la question de la mise à profit des talents et des compétences au service du bien commun.


De plus en plus de personnes s’interrogent sur le sens de leur travail, car les enjeux de société sont plus visibles et incontournables. La dissonance est parfois forte entre notre activité professionnelle et nos préoccupations écologiques. Pour de nombreuses personnes, la crise a accentué ce sentiment. Néanmoins, la pandémie est aussi une crise de l’emploi. Dès lors, la problématique du sens apparaît secondaire, voire un luxe pour ceux qui cherchent à trouver ou conserver un emploi. Pourtant, nous croyons que c’est aujourd’hui justement le bon moment pour repenser nos manières de travailler et, réconcilier fin du mois et fin du monde…


Selon vous, quelles sont les grandes transformations du travail à venir ? Comment l’école nouvelle génération Ticket for Change va-t-elle y prendre part ?


La crise que nous traversons a créé de nombreux enjeux et difficultés, mais elle a permis l’émergence d’un questionnement sur la finalité du travail et ses modalités. Jamais auparavant, nous ne nous étions autant posés de questions sur le monde d’après, notre rythme de travail, l’équilibre entre la vie professionnelle et personnelle, le télétravail…


“Il serait dévastateur de revenir au temps pré-Covid, sans avoir appris de la généralisation du télétravail, qui a prouvé ses vertus et son efficacité dans de multiples secteurs d’activité !”

Par ailleurs, peut-on se demander s’il est nécessaire de travailler ou de produire autant ? Certaines entreprises se sont déjà engagées sur ces questions, comme Welcome to the jungle, qui a instauré le travail sur quatre jours par semaine. La start-up offre une journée à ses salariés pour s’ouvrir sur d’autres choses. Je pense que ces dispositifs sont bénéfiques à l’entreprise sur moyen-long terme.


Chez Ticket for Change, nous avons entièrement repensé notre gouvernance pour qu’elle soit plus horizontale. Chacun est entrepreneur de son projet et peut prendre part aux décisions et à la stratégie. Nous essayons aussi de rendre nos collaborateurs acteurs de leur temps de travail. C’est pourquoi, nous avons généralisé le télétravail (même hors confinement) et sommes à l’écoute des demandes de passage au 4/5e. Toutefois, cette ambition n’est pas toujours facile à mettre en place, du fait des contraintes liées au fonctionnement propre de notre association.

Quelles sont vos perspectives de développement ces prochaines années ?


Nous souhaitons former de nouvelles personnes à la facilitation de nos programmes d’accompagnement. Former des facilitateurs, partout en France, nous permettra d’être plus en phase avec les spécificités du territoire et de démultiplier notre impact. Nous travaillons aussi sur des partenariats stratégiques. Il s’agit de répliquer les programmes Ticket for Change en régions, mais aussi à l’étranger.


Enfin, une partie de notre stratégie repose sur le plaidoyer. Pour faire changer les choses à grande échelle, il faut mobiliser les pouvoirs publics ! Aujourd’hui, Ticket for Change fait, par exemple, partie du collectif “Nous sommes demain”, qui présente des propositions concrètes au gouvernement. Nous avons aussi initié les “Grandes écoles de la transition” avec pour mission de labelliser les formations qui contribuent à former des acteurs du changement. Nous tentons ainsi d’unifier les forces du secteur de l’économie sociale et solidaire.

Quels conseils donneriez-vous à une personne qui n’ose pas se lancer dans une nouvelle carrière professionnelle, plus conforme à ses valeurs ?


Acceptons que les transitions prennent du temps ! Il n’est pas nécessaire de se précipiter. Bien au contraire, je conseille d’y aller pas à pas ! De plus en plus de personnes se posent la question du sens de leur travail, et je crois qu’il ne faut pas nécessairement changer de vie du jour au lendemain. Personne n’est fait pour ça ! Cela prend du temps d’identifier quelle est la bonne voie pour chacun : rejoindre une organisation à impact, entreprendre, ou encore changer les choses au sein de son entreprise. Mais le potentiel d’impact est immense si chacun choisit de s’engager pour la société par son travail !


“Accompagné par Ticket for Change, osez d’abord changer votre vie pour mieux changer celle des autres !”











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